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LES ENJEUX DE L'ENVIRONNEMENT DE TRAVAIL DECRYPTES PAR ELIOR SERVICES

16 mars 2018

Tom Lowe
16 mars 2018

[Article] Petite histoire de l'hygiène et ses métiers

Dans la longue histoire humaine, la propreté de sa personne, de son lieu de vie et de travail, c'est d'abord une question de dignité. Les dimensions de santé n'arriveront qu'au milieu du XIXe siècle ! La propreté requiert des installations, mais aussi - et peut-être plus encore - un personnel qualifié et compétent. Retour sur des siècles d'évolution professionnelle de l'hygiène.

L’Antiquité et la propreté ritualisée

Dans l’Antiquité, l’eau est au centre des grandes villes, toutes bâties autour de fleuves et de points d’eau. Cela facilite la consommation, l’agriculture, le transport, et aussi l’élimination des déchets. Mais encore faut-il que l’eau circule et ne stagne pas… Grecs et Romains sont les premiers à mettre en place des structures et des équipes de propreté : ramassage des ordures, latrines (toilettes publiques), égouts et thermes. Les Romains peuvent laisser leurs déchets dans des récipients en terre cuite, ou en en pierre, au pied de leurs immeubles. Des « boueux » (ancêtres de nos éboueurs) se chargent ensuite de vidanger ces récipients dans des fosses à l’extérieur des villes. A proximité, les paysans peuvent récupérer ces déchets pour fertiliser leurs champs.

A Rome, les latrines sont magnifiques : murs peints, marbres et mosaïques. La classe moyenne s’y rendait de façon décontractée, y parlait affaires et diffusait les rumeurs, assis sur les « trônes ». Les thermes suivent le même raffinement, et proposent de nombreux services :  bains à température variable, massages, épilations, crèmes parfumées et rince-doigts. Les Romains n’utilisent pas de savon mais des huiles, dont ils s’enduisent le corps avant de se racler la peau. L’hygiène a alors d’abord un sens religieux, purificateur. 

Des aqueducs permettent à chaque citoyen de Rome de disposer quotidiennement de 500 litres d’eau potable. Les villas romaines sont nettoyées quotidiennement par les esclaves. Les patriciens utilisent un pot de chambre en bronze ou même, parfois, en or. Un esclave spécialisé, le « lasanophorus » a la charge de le vider et de le nettoyer à la brosse… Dans le domaine médical, les archéologues ont trouvé des petits fours qui auraient permis la stérilisation des instruments chirurgicaux par la chaleur.

Le Moyen Âge et le tout-à-la-rue

Le déclin de l’hygiène au Moyen Âge est surtout la conséquence de la faiblesse du pouvoir central. A la campagne, on se baigne dans les rivières, on dort tous dans le même lit, avec un ou deux cochons à proximité pour engloutir les déchets et réchauffer l’habitat. Dans les villes, les habitants font comme ils veulent, comme ils peuvent, et vont donc au plus simple. Pour leurs besoins et le petit nettoyage, les citadins utilisent un seau dont on jette le contenu par la fenêtre. On prévient les passants de l’arrivée des saletés en criant par trois fois : « Gare à l'eau ! » C’est l’époque du « tout-à-la-rue ». Excréments, carcasses d’animaux et eaux usées se mêlent et nagent dans les rigoles au milieu des chaussées.

Au XIIIe siècle, des règlements se mettent en place pour remédier au manque d’hygiène : paver les rues, nettoyer une fois par semaine devant sa maison ou son atelier, ne pas laisser traîner les ordures et les déchets. Dans tous les quartiers, on crée des puits où particuliers comme professionnels doivent déverser leurs immondices. Des bataillons de « tombereaux, hotteurs et porteurs » aident le citadin, contre rémunération. Mais ces mesures sont peu suivies, surtout à Paris. Les ordures continuent de finir dans la Seine, là même où l’on puise l’eau potable…

De la Renaissance à la Révolution : la difficile transformation des comportements

Les grandes épidémies et la peste ont distillé la peur. Les médecins et le reste de la population pensent alors que la maladie se transmet par l’eau et rentre par les pores de la peau. Chacun va préférer se parfumer et se vêtir plutôt que de se déshabiller et se baigner. Bien avant l’ère moderne, c’est l’ère de la toilette sèche !

Louis XII décide en 1506 « que la royauté se chargerait désormais du ramassage des immondices de la capitale et de leur évacuation ». Un service d’enlèvement des boues est créé, financé par un impôt spécial… et forcément impopulaire. Les volailles et les porcs doivent quitter les villes. Parallèlement à cette organisation publique, des déshérités transforment les déchets en argent. Equipés d’un crochet et d’une hotte, les chiffonniers (ou loquetières, pattiers ou drilliers) collectent tout ce qui pourra ensuite être revendu.

Louis XIV publie en 1666 un nouvel édit pour le ramassage des ordures parisiennes. Un fonctionnaire surnommé « Maître Fifi » signale chaque jour aux habitants qu’il est temps de déposer les ordures devant la porte, car les tombereaux vont passer. Les contrevenants sont sanctionnés par une amende. Mais là encore cette politique est peu suivie. A Versailles même, on se soulage n’importe où, derrière un rideau ou dans un petit coin (le nom est resté). Lors de son séjour à la Cour, la princesse Palatine est scandalisée : « Tout l’univers est rempli de chieurs et les rues de Fontainebleau de merde… », écrit-elle à l’Electrice de Hanovre.

Epoque moderne : nouvelles solutions pour la propreté et l’hygiène

En 1778, la Société royale de médecine est créée pour étudier les épidémies et combattre ses causes. La lutte contre l’insalubrité reprend, et il s’ensuit de nouvelles initiatives, comme le porteur d’aisances ambulant. Affublé d’un grand manteau et muni d’un seau, il offre contre quelques pièces un peu d’intimité aux passants souhaitant se soulager. A charge pour lui d’éliminer proprement les déchets.

Les découvertes de Louis Pasteur dans la seconde moitié du XIXe siècle vont profondément bouleverser la perception et la nécessité des mesures d’hygiène. Les déchets sont maintenant clairement désignés comme une source en puissance d’infection. Il faut se laver pour protéger sa santé et celle des autres, nettoyer l’habitat, le lieu de travail et l’espace public. Des habitudes qui mettront du temps à s’installer, y compris pour les professionnels de santé. En 1847, le Hongrois Ignace Semmelweiss impose aux chirurgiens le nettoyage des mains au chlorure de chaux avant chaque opération. Il ne recevra que du mépris de ses confrères.

Haussmann renouvelle Paris et sa salubrité avec son système d’égouts. En 1884, Eugène Poubelle ordonne le dépôt des déchets dans des récipients spéciaux munis d’un couvercle, devant leurs portes. Les boîtes à ordures (futures « poubelles ») sont ramassées par les services municipaux. On met en place (déjà !) un tri sélectif, qui passait par trois récipients : un pour les matières organiques, un pour les papiers et les chiffons, un pour la faïence, le verre et les coquilles d’huîtres.

Il faut éduquer toute la population et, après l’école, l’entreprise privée prend le relais sous la pression des médecins hygiénistes - la population ouvrière est suspectée de couver les germes et de semer les maladies. Dans les usines, l’hygiène s’impose afin de préserver la santé de l’ouvrier – et sa productivité. Des cités ouvrières sont bâties avec des sols carrelés et l’eau courante.

Ainsi, depuis le milieu du XXe siècle, le manque d’hygiène est pointé du doigt alors que pendant des siècles, c’était l’homme propre qui se faisait remarquer !

 

Article rédigé par Yann Harlaut pour 100% services. Docteur en histoire, spécialiste du patrimoine et certifié Predom, Yann Harlaut est consultant culturel chez Traits d’Unions. Il est auteur de différents ouvrages parmi lesquels « Négocier comme Churchill. Comment garder le cap en situations difficiles » et « Convaincre comme Jean Jaurès. Comment devenir un orateur d’exception », tous deux aux éditions Eyrolles. 

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